Le séminaire ARCADE a réuni opérateurs culturels et acteurs du développement (incluant représentants des autorités locales, ONG, fondations, centres de recherche, universités, organisations internationales, ainsi qu’artistes et praticiens). Le principe était de favoriser l’échange d’idées innovantes et de bonnes pratiques quant à l’usage de la culture dans le contexte du développement urbain, tant au Nord qu’au Sud. Les sessions se sont tenues à la Maison Folie de Wazemmes à Lille, en collaboration avec le Master d’études « Culture et développement » de l’Institut d’Etudes Politique de Lille / Institute d’Administration des Entreprises.
Après Barcelone (« culture et prévention des conflits »), Zoetermeer (Pays-Bas, « culture et cohésion sociale »), Cracovie / Stalowa Wola (Pologne, « preservation du patrimoine et développement local »), ce quatrième séminaire ARCADE avait notamment pour objectif d’examiner l’usage / le non-usage de la culture dans les stratégies de développement durable dans les contextes urbains en abordant notamment les notions de renforcement des capacités et d’autonomisation des communautés, les problématiques de « dépendance », et les défis liés à l’appropriation d’une culture, les questions d’impact de projets culturels.
En accueillant ce séminaire, Lille, Capitale européenne de la culture 2004, a offrrt un objet d’étude et de comparaison particulièrement opportun aux discussions relatives à l’utilisation de l’élément culturel comme outil de dynamisation et du développement durable d’un espace urbain. La présentation de l’expérience culturelle et de développement urbain de Lille a notamment été abordée du point de vue de la capitalisation et à la transposabilité de cette expérience à d’autres contextes de développement, en Europe et dans les pays en développement.
Conclusions
Cliquez ici pour télécharger le rapport complet en français et en anglais
Click here to download here the Final Report at length in English
Ce séminaire a été l’occasion de soulever de nombreuses questions et a ouvert de nombreuses pistes de réponses relatives à la question de l’usage et du non usage de l’outil culturel dans les politiques de développement. La diversité des points de vue et des approches qui se sont confrontés au cours des deux journées d’échanges explique pour partie le nombre de pistes de réflexion qui ont été lancées. La nouveauté de ce sujet justifie également la diversité des propositions, exprimées lors du séminaire, qui ont permis de dresser un état des lieux général de la problématique, des tensions qu’elle comporte, de ses enjeux et défis, et d’envisager des pistes d’action.
Bien que sa définition ne soit pas chose facile, la culture est d’ores et déjà utilisée, voire instrumentalisée, à des fins diverses et variées. Alors qu’elle est devenue une « ressource » économique à part entière, et alors que les frontières des différentes sphères de la société, autrefois bien matérialisées, se confondent aujourd’hui avec les frontières culturelles, l’outil culturel tel qu’incorporé dans les projets de développement est aujourd’hui chargé d’une ambivalence conceptuelle. Les acteurs de la culture dans la sphère du développement se doivent en effet de réfléchir sur cette notion même de culture afin d’accroître l’efficacité des projets mis en œuvre et de garantir leurs chances de succès. Néanmoins, comment dépasser le stade de l’intuition sur ce genre d’assertion ? Quelles nouvelles approches envisager à l’avenir pour l’ensemble des acteurs sensibles au rôle de la culture dans le développement, aussi bien en termes d’action que de réflexion ?
Plusieurs orientations en matière de recherche et d’action se dessinent à partir de chacune des quatre thématiques abordées au cours du séminaire. La thématique « Indicateurs d’impact, méthodes et outils d’évaluation » a souligné la persistance de nombreux décalages entre la théorie et la pratique. Un important travail reste à faire afin autour notamment de la divergence entre l’importance théorique accordée aux indicateurs et leur usage limité dans le cadre des projets de développement. Pourquoi des indicateurs qualitatifs et quantitatifs, facilement applicables et cohérents, ne sont-ils pas associés à la mise en œuvre d’outils et de projets culturels dans le cadre du développement ? Ces divergences entre théorie et pratique peuvent-elles être résolues ? Le monde de la recherche peut, contribuer à expliquer ce phénomène : est-ce une question de promotion et de sensibilisation à la bonne utilisation de ces indicateurs ou cela requiert-il des réformes en profondeur ? Une réflexion sur la pertinence des évaluations internes et externes mérite d’être menée afin de notamment contribuer à l’amélioration et à l’utilisation de ces outils.
L’atelier « Culture et société civile, divisions et cohésions : quelles actions pour quels impacts » a permis d’esquisser de nouvelles orientations pour des recherches à l’avenir. Il existe encore des tensions entre les arguments en faveur d’une institutionnalisation de la culture en tant qu’outil de développement et ceux qui défendent les modèles de développement endogènes. Il est avant tout indispensable d’étudier dans quelle mesure l’incorporation institutionnelle peut constituer une menace pour l’autonomie de la culture. Et si c’est le cas, ces menaces peuvent-elles être endiguées ? Inversement, il peut être intéressant d’étudier en quoi les tentatives de développement culturel purement endogènes sont susceptibles de freiner la légitimité politique des minorités, dans un contexte national, et de conduire à une réduction des soutiens politiques ou financiers. La principale question qui se pose alors est l’identification des véritables cibles des politiques de développement qui font appel à l’outil culturel. Quels sont les moyens empiriques à disposition pour déterminer précisément à qui appartient le patrimoine culturel « utilisé » ? Les chercheurs pourraient par exemple viser à identifier clairement les liens entre droits des minorités, construction d’une nation et mise en œuvre d’une politique culturelle pour pouvoir apporter des réponses à des questions telles que : les revendications juridiques des minorités relatives aux politiques culturelles sont-elles de nature à entraver voire même étouffer leur développement ?
« La thématique culturelle dans l’espace local, national et international, quels enjeux pour le développement urbain », a souligné l’existence de nombreuses pistes de recherche dans différents domaines. Les praticiens doivent composer avec le contexte de la mondialisation qui requiert de nouveaux cadres d’action particulièrement complexes. La mondialisation pose notamment la question d’échelle dans le cadre des programmes de développement et des projets culturels. Si certaines initiatives ont rencontré des problèmes spécifiques liés à la mondialisation (dépréciation ou perte du patrimoine, diminution du bassin démographique), la mise en place de réseaux transnationaux de soutien et de financement est-elle pour autant en mesure de contrer cette tendance ? Et de quelle manière ? Si les dynamiques même de la mondialisation sont employées afin de contrer la logique de compétitivité territoriale autour de l’économie du savoir, alors il est indispensable de dresser la liste de ces bonnes pratiques. Des modèles adaptables et facilement transposables doivent alors être élaborés, tout en conservant à l’esprit les difficultés rencontrées par les modèles régionaux multiples (dangers du néo-colonialisme, difficultés à s’approprier correctement le contexte général, maintien des dynamiques sous-jacentes, etc.)
Enfin, des pistes de recherche et d’action ont également été exprimées sur les problématiques de mesurabilité, pérennité, efficacité et transposabilité de projets culturels (focus sur les capitales européennes / capitales africaines de la culture). Le transfert des modèles de développement culturel du Nord vers le Sud offre de nombreuses opportunités, aux pratictiens comme aux théoriciens, aussi bien de succès que d’échec. En effet, l’application de modèles de développement organisés autour de l’élément culturel est contestable dans des contextes de conflits ou de post-conflit, avec des infrastructures limitées. Ces contextes particuliers constituent d’ailleurs souvent un frein majeur aux investissements publics. Chercheurs et praticiens doivent au contraire réfléchir à des initiatives relatives à la gestion préventive ou à la promotion du patrimoine culturel dans ces contextes instables qui menacent en premier lieu les pratiques culturelles. Il est ainsi indispensable de réfléchir à la pertinence d’appliquer des modèles du Nord au Sud, en s’interrogeant sur les raisons objectives de ces transferts Nord-Sud, tout en évaluant l’intérêt de développer des modèles spécifiques aux pays en développement - sans occulter les implications politiques de ce genre d’initiatives pour autant - et en évaluant également les mérites de politiques de développement endogènes. Des partenariats entre des entreprises privées du Nord et des collectivités locales du Sud sont-ils envisageables sur ce genre de programmes ? Ces partenariats sont-ils susceptibles de constituer une menace pour la souveraineté des nations ? Comment éviter ces externalités négatives en utilisant de nouveaux réseaux d’échanges ?
Cliquez ici pour télécharger le rapport complet en français et en anglais
Click here to download here the Final Report at length in English
